LIBAN A FLEUR DE PEAU, OCTOBRE 2009.

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En 2006 une première tentative libanaise m’avait été refusée par le consulat de Pékin puisque mon passeport arborait un tampon de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv.   

Cette année je pars accompagné de Julien, un fidèle d’entre les fidèles de mes escapades. Nous partons ce 1er Octobre, jour des 60 ans de la proclamation de la république populaire de Chine, que seuls des VIPs seront autorisés à vivre en Live, place Tien An Men, le restant des compatriotes étant priés de rester chez eux devant leur écran. 

Julien a une baraka sans précédent avec les compagnies aériennes aussi en arrivant à Pudong nous sommes immédiatement surclassé en Business pour notre vol Emirates de Dubaï. Voyager en business Emirates c’est comme s’asseoir dans un fauteuil de Mercedes Class S installé dans une salle de restaurant français ayant deux étoiles au guide Michelin : autrement dit, tout, dans le moindre détail, est somptueux. Chariot à dessert, cartes des vins, plateau de fromage, écran individuel multi-options, quel pied!    

Nous transitons à l’aéroport de Dubaï, admirons une Lamborghini en Duty Free et pavoisons tout en relevant nos emails n’ importe où, wire-less oblige, dans cette bulle de technologie climatisée plantée sur le sable ardent moyen orientale. 

L’arrivée à Beyrouth se fait sans encombre, notre hôtel, le Mayflower, nous a envoyé une voiture. Le chauffeur, Mr Hamzah, est un chiite de la banlieue sud de beirut, lui et 5 ou 6 de ses compères ont élu domicile à l’angle de rue faisans face à l’hôtel, ils ramassent ses clients et sont de mèche avec cette institution de l’hôtellerie libanaise pour étrangers en visite. Ils se proposent en guide-chauffeur et nous l’adoptons durant 3 jours.

Nous logeons en plein quartier chrétiens mais c’est la voix des minarets qui nous rappelle dès l’aube avoir atterri la veille en plein cœur du moyen orient. L’épicier d’en face est un chrétien qui parle français couramment et nous parle sans arrêt de Marseille.  

Durant 7 jours nous arpentons Beirut, ses quartiers chics rénovés à grands frais, grâce aux connexions saoudiennes de feu Rafik Hariri. Une après-midi nous passerons un instant sur le site ou sa dépouille est exhumée, sous une grande tente blanche, au pied de la Grande Mosquée de Beyrouth qu’il fit construire. Le pays tout entier lui rend hommage ainsi qu’à ses gardes du corps qui périrent avec lui dans l’explosion qui pulvérisa son SUV blindé et son cortège.

Le deuxième matin, installés dans la Mercedes 190D de Hamzah nous filons à travers la banlieue du sud de Beyrouth. Les voitures circulent vite au Liban, les motards foncent sans casque avec des engins tombés du camion japonais et qui parfois arborent encore la plaque nippone de sa propriété d’origine. Les haut-parleurs des minarets hurlent les appels à la prière, les drapeaux jaunes du Hezbollah encadrent chaque avenue, plantés sur les lampadaires et jalonnent les routes du Sud-Liban.

Nous obtenons nos permis, passons devant l’entrée de camps palestiniens, c’est sans doute ici que l’insécurité est la plus grande, Hamzah accélère et ne s’attarde pas. Les camps sont le champ de bataille de luttes intestines entre le Fatah de feu Yasser Arafat, les hommes du Hamas de la bande Gaza avec en toile de fond quelques groupes armés islamistes wahhabites apparentés Al Qaida. Le périmètre de chaque camp est encadré de près par l’armée libanaise et le Hezbollah de Hassan Nasrallah. Ce dernier est la véritable main invisible armée du pays, depuis que Nasrallah a tenue tète à Tsahal lors du conflit éclair d’Aout 2007, il est devenu l’incarnation vivante du groupe armé sans doute le plus héroïque du monde arabe contre l’ennemi juif. De fait, le Hezbollah via ses pancartes, ses drapeaux jaunes est omniprésent dans toutes les villes du pays, des qu’y sont installés des shiites. Historiquement ces derniers ne sont pas aussi bien représentés dans les gouvernements libanais en comparaison avec les sunnites, les chrétiens ou les druzes. Le Hezbollah est donc leur fer de lance, leur fierté. 

Tout au long de cette semaine je tente de comprendre ce pays minuscule qui contient des communautés toutes très différentes. Je discute avec Hamzah de politique, de religion, de la guerre civile et tente de me faire une idée…en vain, c’est très complexe. Nous bavardons durant des heures dans sa Benz tout en observant ce paysage de cèdres, des montagnes du Chouf et de la plaine de la Bekaa. Ici un village druzes dont 10% des habitants sont chrétiens, en face, sur la colline, un village sunnite dont 30% des habitants sont shiites, ici un autre village de chrétiens orthodoxes, puis c’est un village shiites à 100% que nous traversons sous les portrait de Nasrallah pour ensuite débouler dans une ville de taille moyenne, chrétienne maronite arborant les portraits du général Aoun. 

A l’instar des Balkans, le Liban est un pays peu étendu et dont la mosaïque religieuse, ethnique, culturel et politique est infiniment complexe pour une zone de cette taille. En interrogeant Hamzah je noterai près de 12 religions, 15 partis politiques et tout autant de branches armées, disparues, pour la plupart, depuis la fin de la guerre civile mais dont les armes sont encore toutes planquées dans les caves du pays! 

Lors de notre journée dans la plaine de la Bekaa nous visiterons les vestiges d’une cite romaine à Anjal, petite ville dont la majorité des habitant sont arméniens, ayant fuit le génocide de 1915. Les surprises n’en finissent pas…la mosaïque libanaise se complexifie toujours un peu plus!  

Lors de notre passage dans le sud-Liban nous frisons la frontière israélienne lorsque nous sommes à la porte de Fatima. Les soldats de Tsahal sont embusqués sous leurs camouflages au delà des barbelés, des barricades et des murs bétonnés qui longent la route. Les militaires libanais font face, plantés dans leurs bunkers, à intervalles réguliers. Toute photographie est interdite et c’est uniquement à un poste avance de casque bleus indonésiens que je pourrai fixer quelques images de cette frontière si courte est pourtant source de bien des frustrations et conflits politiques. Nos compères indonésiens onusiens sortis de leur plages asiatiques ne font pas très peur et je me demande ce que cela donnerait si ils devaient soudainement prendre le contrôle de la zone au cas ou Tsahal riposterait à des tirs de roquettes kachiouka du Hezbollah?...sans doute le même effet que de demander à une bourgeoise parisienne d’aller chasser le grizzly du Kamtchatka.

Ce sont surtout les druzes qui marquent le plus mon attention. Les hommes sont facilement reconnaissables à leurs vêtements noirs, coiffés d’un p’tit bonnet blanc. Ils vivent dans les montagnes et ont la réputation de gens farouches, guerriers et extrêmement têtus. En échange de quoi, ce cocktail singulier en fait une communauté à la réputation respectée et avec qui on ne badine pas !  Ils sont les seuls, paraît-il, à avoir mis une raclée aux force du Hezbollah à plusieurs reprises lorsque ceux-ci voulurent de force trouver refuge dans les montagnes du Chouf, étant chassez du Sud-Liban par Tsahal. 

A Beyrouth, Julien et moi arpentons la ville sous toutes ses coutures, quartiers chrétiens, arméniens, shiite, sunnites, orthodoxe et quartiers chics! Le nouveau Beyrouth, reconstruit, et restauré est une splendeur, non loin de la Grande Mosquée d’Hariri, se trouve le quartier d’Al Najmeh envahit par toutes les grandes marques de luxe, calfeutrées entre les murs de pierre orange des bâtiments historiques reconstruits à l’identique. Tout est refait à neuf, devrais-je dire « relifté» à l’instar des belles libanaises que nous n’apercevrons que trop peu en boite de nuit car difficile à approcher ou sinon trop furtives, au volant de leur Porches Cayenne, Land-Rovers, Mercedes SLK ou Audi Q7. Passantes, telles des étoiles filantes, au nez reconstruit, au visage botoxé et à la poitrine gonflée à la pompe à vélo. Leur peau a été parfois si fortement retendue qu’avec la vitesse, les vitres fumées de leur voitures de luxe, leurs lunettes Chanel, leurs fonds de teint L’Oréal et l’éblouissement oriental je ne parviens pas à discerner un sourire de leur part ni même un clin d’œil dans ma direction. 

Durant ce sejour nous passons également 2 jours en Syrie car de Beyrouth, Damas est à 3 heures de voiture. Nous embarquons dans une vieille Cadillac américaine de 5 mètres de longs et conduite par un syrien peu aimable et nerveux. Nous nous entassons sur la banquette arrière et discutons avec notre voisin, un homme d’une cinquantaine d’années, palestinien, journaliste installé à Damas. Une fois passé la frontière syrienne, je contemple les banderoles à la gloire de Bachar el-Assad et de son père Hafez et j’ai la mauvaise idée de demander à nos compères ce qu’ils pensent de son action et de son leadership…les visages se retournent dans ma direction et le sourire crispé de la passagère de devant me rappel immédiatement que nous sommes désormais sur le sol d’un pays sous dictature où tout sujet politique est banni des conversations quotidiennes.  

Nous débarquons au parking de destination et notre voisin journaliste nous propose un lift jusqu'à notre hôtel en centre ville. Son chauffeur, un jeune garçon costaud d’une vingtaine d’années l’attend, au volant d’une vieille BMW vitres teintées. En déposant nos sacs dans le coffre je note qu’il met un peu d’ordre sur la banquette arrière pour que nous puissions nous y asseoir et qu’en autres sacs et documents c’est une kalachnikov qu’il transvase vers le coffre !…j’hésite un instant avant de monter dans la voiture mais 30 minutes plus tard nous sommes à bon port, dans notre hôtel, vieillot, kitsch à souhait, et l à encore avec le sentiment d‘être téléporté dans les années cinquantes d’un pays arabo-soviétique.

La vieille ville de Damas qui a plus de 7000 ans d’histoire est un véritable enchantement. Elle se trouve sur la rive sud de la rivière Barada, presque à sec. Au file des ruelles, le longs de ses remparts et à travers ses souks je prends le temps d’apprécier ma balade, au gré des mes photographies et des rencontres. La communauté chrétienne est ici importante et quelques belles  demoiselles croiseront mon chemin. La mosquée des Omeyyades est un édifice assez singulier, qui ressemble de loin à une cathédrale. Les hommes et les femmes y prient dans des salles séparées, le tout dans une ambiance pieuse et reposée. Ponctuellement les minarets appellent à la prière, l’air est pur, sec, la ville peu bruyantes, je profite de cette piété pour m’asseoir un instant et prier sur les immenses tapis qui recouvre le marbre des Omeyyades.

A l’extérieure de l’enceinte historique, Damas est une ville orientale polluée, aux rues bondées, aux banlieues de maisons et de bâtiments carrés, bétonnés et coiffées d’antennes satellites, le tout, par milliers, tapissant les collines alentours pour rembourrer le pourtour de Damas. Comme dirait mon cousin Olivier, tout cela est bien « dans son jus ! ». Le lendemain nous quittons Damas désolés de ne pouvoir passer plus de temps en Syrie. De l’autoroute j’aperçois le palais présidentiel de Bashar Al Assad, sur un éperon rocheux il surplombe la capital syrienne. 

De retour à Beyrouth nous passons une journée à Byblos et déjeunons dans un restaurant assez réputé et bardé des photographies des grands de ce monde. Chirac, Clinton, Delon, Belmondo, tous sont passes ici. C’est un peu à la mode locale, le « chez George » de la rue des Canettes à Paris. L’endroit est très convivial et  son cadre me fait penser au port de Centuri, non loin du cap Corse, chez mon vieux pote Brissot.

Notre séjour touche à sa fin, le jour du départ nous discutons une énième fois avec Hamzah de politique et de religion. Nous traversons la banlieue sud de Beyrouth, totalement sous contrôle du Hezbollah. Là une école entièrement financée par le mouvement chiite, ici une station d’essence dont les bénéfices vont aux familles de martyres du Hezbollah.

La guerre civile a fait 300,000 victimes durant 15 ans et en 2007 lors des raids du Hezbollah ce sont 1400 personnes qui périrent dans les bombardements ou affrontements armés. La mosaïque religieuse, ethnique et politique libanaise est un baril de poudre dont la mèche guette la moindre étincelle…

Durant cette semaine j’ai recherché les traces et les vestiges de cette période noire…non pas par voyeurisme mais parce que dans mon inconscient d’enfant des années 80, le Liban a toujours été synonyme de guerre civile et de gâchis. Gamin, j’écoutais Poivre D’Arvor et Yves Mourousi commenter d’atroces images de guerre et citer à maintes reprises le nom du General Aoun. Je ne comprenais pas qu’un pays ou l’ont y parle le français puisse être les pieds dans le sang, ses murs criblés de balles, son sol ponctué de cratères d’obus, son peuple n’ayant comme seul sentier lumineux celui de la fuite ou bien celui laissé par le sillon des chenilles de chars. 

Je ne comprends toujours pas la guerre et sa finalité, si ce n’est être un jeu dont les tentacules armés administrent l’horreur et la violence. Trop d’éléments à fleur de peau en sont ses composantes: la fierté nationale, les convictions religieuses, le poids de l’histoire, les affrontements d’ego des différents leaders, les disputes territoriales et j’en passe.

Enfin, il me semble qu’au moyen orient, le charisme et l’intégrité d’un leader font de lui un grand homme pour le bonheur et le meilleur de son peuple et son pays. C’était vrai de Rafik Hariri mais en sera-t-il autant de son fils?

© Ambroise Mathey - Février 2010

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