QUAND LA FRANCE REGARDE

 LA CHINE EN ORBITE, OCTOBRE 2003.

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Ce 15 Octobre 2003 la Chine envoie son premier homme au-delà de l’atmosphère, 41 ans après l’URSS, discrètement, sans tapages. Les chinois ne fabriquent pas d’avions mais réussissent désormais à catapulter un des leurs dans l’espace. L’académicien Alain Perrefite avait écrit : Quand la Chine s’éveillera  puis vint : La Chine s’est éveillée. Quel sera le titre du prochain ouvrage qu’il lui consacrera ? Quand la Chine va-t-elle nous écraser?

Nous sommes nombreux à nous poser cette question car sa place sur l’échiquier international devient de plus en plus prédominante. La Chine va-t-elle finir par damer définitivement le pion de nations telles que la France dont les dernières cartes en main ne comptent que grâce à leur prestige passé et non actuel.

Nous assistons à la naissance d’une super puissance, en pleine libération sexuelle, qui élève une génération d’enfants uniques et qui affiche plus de 6% de croissance annuelle. L’évidence est édifiante à Shanghai, vitrine de l’empire du milieu. Ce pays est une locomotive pour la terre entière, l’usine de la planète, la première place des investissements étrangers (même l’Espagne délaissent l’Amérique latine pour tenter l’aventure chinoise!) mais également celle d’un parti communiste qui sévit encore et contrôle tout: judicieux paradoxe chinois.

J’enfourche mon vélo et pars travailler chaque matin. La rue shanghaienne est un étalage d’espoir, de gaieté, d’excitation. Je m’arrête en chemin pour acheter des cigarettes, les shanghaiennes de l’épicerie sourient comme un jour de mariage, me tendent mon paquet de Camel et s’amusent de ma grande taille. En sortant, je passe de leur sourire à celui d’un gamin qui file à l’école, il chante à tue tête.

Les chinois ont eu assez des décennies communistes, ils voient désormais un avenir plus éclatant se dessiner devant eux. Ils sont friands de vêtements colorés et de vivre dans un appartement flambant neuf et spacieux, quitte à s’endetter pour 20 ans. Cette grisante frénésie est cependant fragile car 600 millions de chinois vivent encore de l’agriculture. L’équilibre social, ethnique et politique semble parfois sur le file d’un rasoir que le gouvernement craint d’être trop affûté.

Une des premières phrases apprise en chinois fut « Wo qu », «  je vai à »  en mandarin. A Shanghai, on ne cesse d’aller quelque part. Notre vie quotidienne est rythmée par la dynamique économique qui depuis 10 ans motive les troupes, toutes classes sociales confondues, d’une nation gigantesque. Ici, on encourage ceux qui travaillent, on ne les charge pas d’un impôt supplémentaire et contrairement à la France, on ne paye pas (de manière indécente?) ceux qui sont au chômage. Réalité certes plus dure mais pour le moins efficace, on ne connaît pas l’assistanat et au moins cela s’inscrit dans une dynamique que l’homme a toujours connut et fréquentera toujours, celle du travail et de l’entreprenariat.

Mes pensées à l’égard de la France sont parfois pessimistes. En vivant dans le poumon économique de la planète je ne peux éviter la comparaison. J’aime mon pays, sa culture, son vin, sa vie sociale & politique mais à mon sens, le visage de l’hexagone prend plutôt l’apparence d’un immense parc de loisir où il y fait bon ne pas travailler. N'allons nous pas droit dans le mur? Retrouver Paris ca peut être comme entrer dans un musé. Tout est beau, agencé avec délicatesse mais rien ne semble évoluer. Les problèmes quotidiens restent les mêmes d’une année à l’autre : aurai-je trouvé un emploi dans 6 mois?  Les syndicats vont-ils encore plomber notre économie à coup de grèves? Ces technocrates qui nous gouvernent auront-ils un jour le cran de dénoncer l’absurdité française, créatrice des 35 heures, du mépris de l’entrepreneur ou encore de cette fonction publique qui refuse si souvent d'évoluer?

La France ne s’exporte plus et n’a plus que des leçons à donner, elle a aussi beaucoup à réapprendre des autres nations. Souhaite t-elle l’admettre ou bien rester autruche, la tête prise dans son ciment d’arrogance?  

© Ambroise Mathey - Octobre 2003. 

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