ISRAEL & TERRITOIRES PALESTINIENS, FEVRIER 2006.

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Chaque année le nouvel an chinois est l'occasion de partir loin, de m'évader de la fourmilière chinoise et découvrir d'autres pays. Le moyen-orient est une région qui m'intrigue depuis longtemps aussi j'ai décidé de partir y voyager seul, une semaine. Mais c'était sans compter sur mon cousin Olivier, qui depuis quelques mois s'est égaré dans une usine Michelin du Nord-Est chinois, à Shenyang, là où Bibendum moule, par -20°C en hiver, les pneus qui équipent bien des véhicules à travers le monde. A lui aussi, l'envie l'a pris de mordre du sable, de prendre le soleil oriental dans la gueule et de s'en mettre plein la vue.

Une nouvelle fois, c'est à Pékin que tout commence. Notre premier vol sur El Al impose un véritable interrogatoire auquel nous devons répondre avant d'embarquer pour atteindre la Terre Promise. Deux jeunes israéliennes, aimables et charmantes au demeurant, analysent, recroisent et décortiquent mes réponses et celles d'Olivier durant 40 minutes. Pourquoi souhaitons nous aller en Israël? Qui est notre contact sur place? Quel itinéraire avons-nous prévu? Avons-nous une réservation d'Hôtel? Quel âge a mon grand-père paternel? Nos sacs possèdent-ils des objets interdits en vol? Quelle profession exerçons nous en Chine? Avant même de fouler la Terre Sainte, autant dire que le tableau s'annonce déjà musclé. Une fois à bord nous gobons deux somnifères et roupillons comme des bébés jusqu'à l'atterrissage à Tel Avive. Nouvel interrogatoire à l'immigration, nous patientons une demi-heure, mon pote Idan nous attend aux arrivées, il est 3 heures du matin, les israéliens sont accueillants et matinaux!

Shalom! Shalom! Idan qui vit entre Israël et la Chine nous reçoit comme des rois, je retrouve sa femme, Hila, juive d'origine iranienne, belle plante au caractère bien trempé. Nous embarquons le jour même à bord de son 4x4 Land Cruiser et filons, en compagnie de sa petite famille, à Jaffa, déjeuner d'un copieux humus+pita, un vrai régale. Tel Avive ressemble à une ville du sud de l'Europe, ensoleillée, sous sa douceur de vivre, je souris, c'est tellement plus agréable que la purée de pois shanghaienne. Les hommes israéliens sont plutôt costauds, dans cette cantine familiale où nous déjeunons c'est toute la mosaïque locale qui s'attable autour de nous. Un vieux aux yeux bleus tels ceux d'un vieux capitaine marchand ukrainien, des jeunes, mitraillettes en bandoulière, service militaire oblige, des femmes accompagnées d'armoires à glace orientales aux gros bras. C'est un véritable melting pot, des juifs du monde entier ont rejoint Israël depuis un demi-siècle. Si bien que les israéliens peuvent êtres blancs, blacks, beurres ou latinos. L'après midi, notre itinéraire est grossièrement établi. Nous saluons Hila et leur fils Itai; Idan, Olivier et moi filons vers la Mer Morte, à -300 mètres sous le niveau de la mer.

La Mer Morte, le Jourdain, Bethléem... sont autant de lieux qui devraient m'être familiers tant mes cours de catéchisme, mes années de scoutisme un brin catho intégriste et les sermons dominicaux et rasoires des prêtres français ont fait raisonner à mes tympans ces lieux saints, symboles incontournables du culte catholique. Mais rien de tout cela ne m'exalte, Olivier non plus du reste. Nous croiserons  quelques illuminés chrétiens, juifs ou arabes durant cette semaine. Ils ont bien choisit leur endroit: "c'est là que ça se passe", mais à quoi bon? Toutes les religions prêchent un message de paix et de bonheur pour chacun mais cette région, à la croisée des grands courants monothéistes, est déchirée, symbolisant la haine entre deux peuples. 

Nous passons à côté de Jérusalem en direction de la Mer Morte, de part et d'autres de la route s'étendent des colonies juives, des kibouts, des villages arabes. Le trajet est morcelé par les check-points israéliens, réguliers et tenus par de jeunes soldats, têtes blondes sympathiques, d'une vingtaine d'années et toujours bien armés. Le mer morte s'étend devant nous, bleue azure, aride, splendide. Sur l'autre rive nous apercevons la Jordanie. Le Land Cruiser d'Idan est un paquebot idéal pour voyager. Que ce soit sur les pistes africaines, sur la steppe mongole ou sur le plateau andin, Land Cruiser fonce et avale les kilomètres. Nous stoppons la voiture à deux ou trois reprises pour nous pencher sur cette fameuse croûte de sel qui donne sa raison d'être à la Mer Morte: pas une barque, pas un poisson, l'étendue de cette mer d'huile est véritablement sans vie, son taux de salinité anormalement élevé. Arrivés à une station thermale où quelques touristes nagent aisément sur le dos, Idane nous suggère d'acheter de la boue, de nous en badigeonner le corps et de filer nous baigner. M'exécutant j'ai l'impression d'être un cosmonaute aquatique... la flottaison est en effet très haute, seul les deux tiers de mon corps sont immergés, le taux de salinité est tel que j'ai les yeux qui picotent, au bout de quelques minutes nous sortons nous doucher mais quel kif!

De son portable Idan organise tout, il trouve un hôtel, un restaurant sympa, c'est le meilleur guide que nous ayons pu avoir. Je l'écoute s'exprimer en hébreu, langue que je n'avais jamais réellement écouté jusque là. Après avoir dîné d'un beef-burger+bière dans un bar irlandais, nous rejoignons notre auberge, perdue sur les terres désertiques qui surplombent la Mer Morte de ses -300m. Le lendemain matin je fais un tour de l'édifice et me balade quelques minutes pour prendre des photos. Le vide ambiant, la pureté de l'environnement sont idéaux pour penser, prier, méditer ou tergiverser, à chacun son truc.     

Après avoir visité les ruines de Massada, lieu historique incontournable de la culture juive, nous partons à Jérusalem. Là encore, une bonne bouffe israélienne nous attend, dans un restaurant en banlieue de la ville.

Olivier, Idan et moi abordons fréquemment les sujets politiques de la région, qu'il s'agisse des relations entre arabes et juifs, entre le Liban et la Syrie, ou entre la Jordanie et Israël. Les discussion sont parfois très longues. C'est un Idan passionné et pragmatique qui répond à chacune de nos questions. Olivier connaît un peu le Moyen Orient, pour s'y être baladé à plusieurs reprises, notamment au Liban mais aussi en Syrie, en Jordanie et en Égypte. Je suis attentif à leur discussion, essayant de comprendre ce qui se passe, à l'appui de données historiques et religieuses. Israël et la Palestine devront réussir un jour ou l'autre à cohabiter car on ne refait pas l'histoire.

Idan nous quitte pour retrouver sa petite famille à Tel Avive. Olive et moi logeons dans un hôtel tenu par un palestinien, un homme d'une soixantaine d'années, diplômé de plusieurs écoles hôtelières françaises, il est même passé une fois chez Paul Bocuse! C'est un personnage intéressant, cultivé, et qui ne souhaite que la Paix entre juifs et arabes. Nous discuterons avec lui à plusieurs reprises et ses conseils pour nous balader dans Jérusalem Est et les territoires palestiniens nous seront précieux.

Nous découvrons le fameux mur des lamentations, sans doute le lieu le plus important de la religion juive, les goys que nous sommes sont autorisés à y accéder, après un check-up en règle: porte infrarouge, x-rays pour nos sacs. Nous restons là de long instants, photographiant ici et là, plantés au milieu de nombreux juifs en chapeaux noirs, bigoudis aux oreilles, se balançant de tout leur buste, livre à la main. Le balancement du buste correspond parait-il au nombre de fois qu'ils prononcent le mot "Dieu". J'observe un ou deux jeunes, qui à mon sens, ont tout de même pris un coup de casserole sur le coin de la tête tant leur pratique en publique est exagérée, ils hurlent à tue tête leur prière et le balancement de leur buste ressemble plus à un exercice de gymnastique qu'à un impératif de pratique religieuse. Néanmoins, tout autour, les hommes plus âgés qui prient eux aussi, arborant chacun leur longue barbe, leur uniforme ou leur costume cravate sont des personnes qui viennent simplement se recueillir pour prier, vivant pleinement leur culte.  

Les jours qui suivent, Olivier et moi marchons à travers Jérusalem, le souk du centre ville est un vrai dépaysement, les échoppes juives et arabes se côtoient, chaque marchand haletant les touristes que nous sommes. Puis nous nous éloignons, passons le mont des Oliviers d'où nous photographions l'esplanade des mosquées. En continuant vers l'Est nous traversons des quartiers arabes et tombons nez à nez avec le fameux mur, celui qu'Ariel Sharon a décidé de construire pour protéger les Israéliens des attaques kamikazes. La muraille de béton est impressionnante, érigée par pans d'un mètre de largeur sur cinq ou six de hauteur, plantés les uns après les autres. L'édifice serpente au file des collines et des habitations, séparant les israéliens des arabes. Pour les uns c'est une humiliation, pour les autres la seule solution pour vivre en sécurité. Ce rempart pour préserver la démocratie dans cette région est par endroit recouvert de graffitis en tout genre, appelant la Palestine et Israël à faire la paix ou bien arborant tout sorte d'insultes à l'égard de l'état Hébreux. De véritables missives mutlicouleurs, dénonçant l'occupation de la terre palestinienne pas les israéliens. L'air ambiant est tendu, un officier israélien nous demande depuis son 4 x 4 si nous sommes journalistes, ce que nous contredisons du regard. Je constate en même temps qu'un siège pour enfant est attaché à la banquette arrière de son véhicule militaire. L'insécurité fait totalement partie du quotidien de ces hommes et de ces femmes qui une fois quitté leur uniformes, reprennent les tâches quotidiennes d'une vie qu'ils s'efforcent de rendre paisible.

Ce même jour nous prenons un taxis en fin de matinée en direction de Bethléem dans les territoires palestiniens. Nous atteignons la frontière avec la Cisjordanie. Pour se faire, le taxi nous dépose au Rachel Transit Point, check-point militaire israélien. L'infrastructure est ultra moderne, très bien gardée, nous passons des barrière métalliques comme dans les stations européennes de sport d'hivers, une lanterne rouge reste allumée pour laisser le vert clignoter et nous donner l'ordre de passer. Nous pénétrons dans une sorte de sas ou un X-Ray scanne nos sacs puis repassage de barrière, contrôle du passeport par un jeune soldat israélien qui nous salue, assis dans un caisson blindé aux vitrages aussi costauds que ceux d'un sous marin soviétique. Une fois à l'extérieur, nous voilà, sans passer l'immigration du pays que nous pénétrons, en territoire palestinien, ou devrais-je dire en Palestine?  Bref, nous y sommes. Tout parait nettement plus oriental, l'architecture des bâtiments, les routes sont un peu défoncées, les taxis sont en majorité de vieilles Mercedes limousines brinquebalantes de couleur jaune. Les arabes nous accueillent, eux aussi, chaleureusement.

Nous déjeunons dans un restaurant à deux pas de l'église de la Nativité puis partons nous balader, se faisant nous prenons un café assis sur un tabouret en pleine rue. Un homme nous a proposé de goûter un café à la menthe. Des gamins courent, quelques voitures viennent pétarader dans les rues piétonnes de cette ville séculaire et mythique. Nous visitons enfin l'église de la nativité, lieu emblématique, celui de la naissance de l'enfant Jésus. Je pensais rester insensible à cette visite mais j'avoue être un peu bouleversé et ému de fouler ses larges dalles de pierre, burinées par le temps. Cette vaste église est vide de visiteurs mais lourde d'énergie en tout genre. Au fond, sous l'autel, trois petites marches conduisent à la fameuse grotte de la nativité, des vieux tapis recouvrent les murs, l'endroit peut accueillir une quinzaine de personnes tout au plus. Des encensoirs de cuivre ou d'or blanc sont suspendus un peu partout. A un des deux bouts de la grotte, une petite niche abrite une étoile d'argent incrustée dans la pierre. C'est l'emplacement de la naissance de Jésus. Qu'il s'agisse du réel emplacement ou non je m'en fiche cependant j'avoue être "porté" par le lieu, aussi je fais ce que je n'ai pas fait depuis bien longtemps, allumer un cierge pour mes proches et mes amis et prier longuement pour eux. Ce fut un instant très agréable, en retrouvant la voûte principale de l'église je discute quelques minutes avec un prêtre orthodoxe. J'ai le sentiment d'avoir fait l'essentiel, comme si inconsciemment ce voyage était aussi un pèlerinage pour le catholique non pratiquant et même un peu repentit que je suis. On peut dire ce qu'on veut, quand on est né catholique, aller en terre sainte ça ne laisse pas indifférent.      

Je termine de visiter l'édifice et en retrouvant la rue arabe je retrouve Olivier qui discute avec un policier palestinien. La discussion est politique évidemment mais très posée. Cet homme parle un anglais impeccable et nous raconte lorsque l'Église de la nativité, il y a quelques années abrita des musulmans qui s'y réfugièrent pour échapper à Tsahal, l'armée israélienne. Cette dernière en avait fait le siège assez longtemps.   

Je passe devant une petite épicerie et m'y arrête pour acheter un Mars ou un Snickers. En passant le pas de porte je constate que nous entrons chez des arabes chrétiens. Nous discutons un instant avec la femme et sa mère, toutes deux assises derrière leur comptoir. Dans un espagnole parfait elles nous racontent brièvement leur histoire, celle d'une famille d'arabes chrétiens du Chili. Il y a deux ans son mari fut atteint d'une maladie grave, au Chili l'opération coûtait 20,000 Dollars, en Israël 8,000 Dollars. Ils ont tout quitté pour s'installer sur leur terre d'origine. L'opération terminée, ils n'ont plus les moyens de revenir à Santiago. Ils vivent pauvrement dans les territoires, à Bethlehem et tiennent cette petite épicerie. Elle nous parle du sort des chrétiens qu'ils sont, en Palestine, elle et sa famille, oppressés entre l'enclume arabe et la marteau israélien. Je ne trouverai ni de Mars ni de Bounty sur ses rayons, c'est bien trop cher pour eux me dit elle: "Repasse le mur et achètes en un en Israël!".

Nous repassons le check-point, resaluons les jeunes soldats juifs calfeutrés dans leur cabine blindée, et nous revoilà à Jérusalem. Nous nous baladons dans le souk de la vieille ville, passons faire un saut au mur des lamentations pour quelques photos tout en discutant de cette journée passée "de l'autre côté", en territoire palestinien. Un soir nous dînons dans un restaurant tenu par un arabe chrétien de nationalité israélienne. Nous sommes les seuls clients, il nous parle de sa femme qui est d'origine jordanienne, de son meilleur amis qui est juif, de ses clients arabes musulmans, bref, de cette mosaïque religieuse, culturelle, ethnique et linguistique à laquelle tous ici prennent part tout en se détestant violemment. Je note au passage que les hommes d'un certain âge que nous rencontrons, comme ce chrétien dans son restaurant ou bien le palestinien qui tient notre hôtel, semblent chacun fatigués de cette haine, de cette pression. Même si ils ont appris à vivre avec, un seul mot leur vient à l'esprit "Paix", c'est tout ce qu'il demandent, malheureusement la sagesse que leur âge apporte à leur discours ne semble pas suffisante.

Arrive notre dernière journée à Jérusalem, ce jour là nous décidons d'aller à Ramallah, autre portion de la Cisjordanie, celle de la capitale des territoires palestiniens, des terres du Hamas fraîchement élu et dont les drapeaux verts coiffent bien des habitations, du head-quarter de l'Autorité Palestinienne et de la tombe d'Arafat. Nous prenons un taxis jaune arabe qui nous conduit de nouveau à un check-point, nettement plus emprunté que celui qui nous avait donné l'accès à Bethléem. L'ambiance est tendue, des hélicoptères type Apach américains survolent la zone régulièrement, les jeeps de Tsahal circulent de part et d'autre du mur de séparation, nous marchons dans un entonnoir grillagé pour passer ce nouveau check-point, du même type que celui de Rachelle. Je ne parvient pas à identifier le nom de celui-ci. Menant à Ramallah, il est nettement plus emprunté par les palestiniens, les soldats israéliens sont également plus présents. Autour, des bulldozers israéliens s'affairent encore à la construction de certaines portions inachevées du mur. Une fois de l'autre côté nous nous installons à bord d'un Ford transit et partons pour Ramallah, à 10 minutes de là. Une nouvelle fois, nous ressentons le moyen orient de plein fouet, c'est un peu plus bordélique, les routes sont également défoncées, les images d'Arafat placardent encore certains murs, parfois un bâtiment est criblé d'impactes de balles. Notre bus nous dépose dans une rue du centre ville, nous marchons jusqu'à la place des lions, pas un autre occidental autour de nous, la voie publique est surtout empruntée par les hommes, les femmes sont peu nombreuses et toujours très discrètes. Nous marchons en direction de la Mouqataa, nom du QG de l'autorité palestinienne. De loin nous apercevons une enceinte entourée de barbelés et gardée par des militaires palestinien, la drapeau rouge, vert, noir et blanc frappé d'une icône d'Arafat ne fait pas de doute. Nous sommes autorisés à pénétrer dans l'enceinte, discutons un instant avec les soldats palestiniens qui contrôlent l'entrée puis nous nous éloignons pour nous présenter quelques secondes devant la tombe d'Arafat. En revenant vers le portail nous observons les allés et venues des véhicules qui entrent et sortent de l'enceinte: voitures diplomatiques, 4x4s Onusiens, véhicules militaires, taxis de journalistes occidentaux venus interviewer Mahmoud Abbas, fourguons humanitaires; bref tout ce que l'aide internationale pour un peuple en détresse peut fournir se matérialise toujours, sur le terrain, par de beaux véhicule flambants neufs au volant desquels s'affairent les décideurs, les hommes d'actions.

En quittant la Mouqataa nous déambulons dans les rues de Ramallah, croisons un officier palestinien grassouillet et sympathique que je photographie aussitôt. Nous arpentons jusqu'au derniers étages un bâtiment en construction pour avoir un point de vue panoramique sur la ville et les plaines environnantes puis revenons vers le centre pour déjeuner d'un kebab et son thé à la menthe, à deux pas de la place des lions. L'après-midi nous parcourons un autre quartier et sommes abordés par deux jeunes palestiniens un brin excités qui nous demandent de les suivre dans leur boutique. Olivier reste sur le trottoir tandis que je m'exécute en suivant l'un d'entre eux, une fois à l'intérieur il me montre fièrement un immense poster des brigades d'Al Aqsa...mouvement dissident et terroriste. De retour sur le trottoir je retrouve Olivier, ils insistent pour nous offrir un café à la menthe tout en discutant politique. L'un d'entre eux nous explique dans son anglais approximatif qu'il ne se mariera pas tant que les juifs occuperont sa terre. Un autre de ses camarades nous demande si nous sommes danois...je ne comprends pas le sens de sa question tout en pensant que sans doute, le Danemark a dû récemment gagner un titre européen au football, au basket ou au hand balle (...) Ils insistent, nous demandant de nouveau si nous sommes danois, ce que nous réfutons en brandissant nos passeports français. Bref, je ne saisis pas tout de la situation à cet instant, nous les quittons en arborant nerveusement de larges sourires. C'est le lendemain en consultant les news pas Internet que je prends connaissance des premières caricatures de Mahomet et de la polémique qu'elles soulèvent depuis quelques jours à travers le monde musulmans. Si nous avions sortis des passeports danois, ces jeunes palestiniens nous auraient sans doute lunchés sur place. 

C'est en tournant autour de la grande mosquée de Ramallah que nous décidons subitement de reprendre un taxis pour rejoindre le check-point et regagner Israël. Dans une petite rue adjacente à la grande mosquée, des gardes armés entassés dans une fourgon nous regardent, amusés. Leur rires sont couverts par le prêche d'un Imam que des haut-parleurs hurlent dans la rue,  des versets du Coran ou des commentaires sans doute peu amicaux à l'égard d'Israël. Olivier et moi ne nous sentons absolument plus à l'aise aussi nous décidons de décamper aussitôt. Repasser de l'autre côté du mur prends plus de temps car entrer en Israël est un véritable calvaire pour tout palestinien qui souhaite aller y travailler ou y visiter ses proches. En sortant du check-point nous discutons un instant avec deux gardes juifs éthiopiens, assis tranquillement sur le capot de leur jeep, ils surveillent les alentours et protègent une ou deux pelleteuses qui s'affairent à la construction de certaines portions inachevées du mur. "Ils sont cools ces mecs là!" me dis-je, je soupçonne même l'un d'entre eux d'être en train de se fumer un pétard... Bref, avec leur mitraillette en bandoulière, leur larges sourires, l'un deux est coiffé de dreadlocks jamaïcaines... Ils ont des gueules formidables!

Sous les conseils de mes amis juifs de Shanghai nous visitons le muse Yad Vashem de Jérusalem, un autre édifice consacré à la Shoah et ses horreurs. Le site est superbe, une architecture très épurée invite le visiteur à parcourir un couloire au file duquel il peut découvrir chaque pièce et sa thématique où étape du processus d'extermination que les Nazis avaient mis à exécution. En sortant du musé, je repense un instant à la visite d'Auswitz que j'avais fait il y a quelques années lors d'un trip en Europe de l'Est. Ne pas oublier: pour nous, la nouvelle génération, c'est notre seul devoir, que nous soyons juifs, musulmans, catholiques, bouddhistes, orthodoxes ou athées.      

A la suite de la visite nous filons à notre hôtel, il est déjà temps pour nous de reprendre la route de Tel Avive pour y retrouver Idan.

Un chauffeur juif de taxis nous propose de nous conduire jusqu'à Tel Avive, il nous fait une proposition, nous appelons Idan de son portable pour vérifier que le prix est correct, confortablement assis dans son taxis spacial: chromes, sono avec boomers sur la banquette arrière, fourrure au volant et j'en passe. Nous nous arrêtons à notre hôtel et saluons le vieux palestinien qui nous avait agréablement accueilli.

Sur le trajet nous discutons avec cet israélien de son métier de chauffeur de taxis et de sa relation aux arabes israéliens. A l'instant lorsqu'il nous attendait devant l'hôtel il nous avaient expliqué qu'il ne pouvait garer sa voiture à tel endroit, parce que de facto, cet endroit étaient celui occupé par les arabes, par contre 30m à droite, pas de problème ...bref, tant de petite chose que le visiteur que nous sommes ne perçoit pas. Comme nous le dira très justement Idan, Il faut définitivement vivre ici pour prendre pleinement conscience de la situation de frustration pour les uns et les autres. Un instant notre discussion est interrompu par un coup de téléphone sur la ligne de sa voiture... Nous le laissons parler hébreu à son interlocuteur puis il nous raconte que c'est un de ses clients qui vient d'appeler. Un de ces juifs en bigoudis, traditionaliste et qui, frustré et ne trouvant pas d'autre moyen d'assouvir certaines pulsions bien naturelles chez tout homme qui se respecte, demande à notre chauffeur de lui rendre un service. Il souhaite qu'il lui trouve une voiture avec DVD à l'intérieur pour qu'il puisse y visionner des films pornographiques en toute intimité, loin de tout regards indiscrets ...Olivier et moi sommes morts de rires, le chauffeur aussi! Il nous expliquent combien tous ces juifs très pratiquants sont parfois un peu dépassés par leur propre dogme qui peut frustrer certains, car en décalage avec le style de vie moderne et occidentale des autres israéliens.   

Bref, nous retrouvons Idan chez lui avec sa petite famille. Nous passons une dernière soirée avec eux pour découvrir la night life de Tel Aviv. Sur le bord de mer, les boites de nuits sont nombreuses. Tout un complexe est installé sur d'anciens quais industriels, les filles sont superbes, blondes, brunes, rousses, charnues, généreuses, abondantes et aguichantes ...Olivier et moi tombons sous le charme orientale de toutes ces belles, tellement différentes de nos chinoises du far east. Nous dansons toute la nuit avec Idan, Hila et Michael, le frère de mon pote Yoni de Shanghai, en visite en Israël.

Durant notre dernière journée nous parcourons la ville avec Idan, discutons de long moment de politique, de la Chine, de la France, de son avenir de père de famille israélien, du coma d'Ariel Sharon et du conflit avec les palestiniens. En fin d'après-midi nous nous penchons quelques instants sur la dalle qui marque l'emplacement où fut assassiné Isaac Rabin, véritable emblème des efforts de Paix israéliens. Une dernière fois, à l'aéroport, j'écoute Idan et Olivier discuter du conflit entre Israël et les arabes et prends bonne note de son dernier conseil: il faut vivre ici pour avoir un avis qui vaille.

Ce voyage fut parfois très intense tant il s'agit d'une région continuellement sous les feux des médias internationaux, où toutes les grandes religions monothéistes s'y rencontre pour s'y côtoyer où s'y affronter. Une discussion, une balade et des rencontres dans la rue, la visite d'un monument quel qu'il soit, bref tout peut tourner, à chaque instant, au passionnel puis à la haine ou au dialogue puis a la tolérance. Qu'ils soient juifs ou arabes, israéliens ou palestiniens, j'admirent ces femmes et ces hommes pour ce qu'ils endurent quotidiennement, quel que soit le côté du mur où ils vivent. Durant notre vol Tel Avive-Pékin je repars la tête pleines des images et des instants vécus durant cette semaine en Israël et dans les territoires palestiniens.    

© Ambroise Mathey - Mai 2006

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